Lundi 30 août 2010 1 30 /08 /Août /2010 11:03

Gaëlle Lenfant a introduit la discussion en rappelant quelques chiffres. Les femmes constituent 80% des travailleurs pauvres, 85% des travailleurs à temps partiels, et touchent entre 19 et 27% de salaire en moins. Ces inégalités s’aggravent au moment de la retraite (en moyenne, les femmes touchent une pension inférieure à 800€).

Rachel Silvera,
 économiste a, pour sa part,  souligné un paradoxe : le thème de l’égalité professionnelle fait l’objet de recherches, d’interventions dans les médias et d’intervention des politiques. Pourtant, jamais nous n’avons connu une situation où les inégalités étaient autant criantes. En matière de retraites par exemple, la réforme du gouvernement va pénaliser les temps partiels, les carrières discontinues et longues qui sont en grande majorité celles des femmes.

Monique Merceron, experte au service des comités d’entreprise a rappelé que le travail des femmes a été, et est souvent encore, considéré  comme "secondaire", leurs salaires perçus comme un appoint. Le travail est pourtant un élément déterminant pour développer les capacités  et l'émancipation personnelles.


Ghyslaine Richard, responsable du collectif femmes – mixité de la CGT a insisté sur le fait que les stéréotypes que l'on subit au cours de notre vie ont des conséquences sur le travail. Lutter contre les inégalités professionnelles passe donc aussi par des mesures de société : petite enfance, éducation, orientation… Elle a rappelé également les propositions de la CGT : augmentation de salaire des femmes, augmentation du SMIC (qui concerne à 80% des femmes),… Chiffre intéressant : les inégalités professionnelles coûtent chaque année 78 milliards d’euros aux caisses de retraites

Pour Brigitte Dionnet, membre du Conseil national du PCF, la gauche a une responsabilité importante. En prenant des décisions politiques ambitieuses, les responsables agissent à la fois concrètement en adoptant des lois et font en parallèle changer les mentalités. Si la gauche renoue avec le pouvoir, elle devra prendre des décisions comme l’évaluation des lois existantes et la mise en œuvre effective des lois, l’adoption d’une loi anti-sexiste pour l’ensemble de la société,  la pénalisation des entreprises qui ne fonctionnent essentiellement avec des CDD et temps partiels…

Delphine Mayrargue a souligné la complémentarité des gauches sociale, syndicale et politique. Pour elle, les socialistes doivent introduire, lorsqu’ils reviendront au pouvoir, une obligation de résultats pour les entreprises. Aujourd’hui, on est dans une politique d’incitation. C' est insuffisant.
À ses yeux, on tolère aujourd’hui dans l’entreprise des atteintes aux droits les plus élémentaires : exposition aux produits dangereux, inégalité femmes / hommes, refus du droit syndical… Dans ce domaine aussi, la société a besoin d’ordre public et de réglementation. 
Enfin, un des outils de l’égalité professionnelle est la revalorisation salariale. Delphine Mayrargue a insisté sur la nécessité de défendre le salaire égal et de refuser toutes les dérogations qui maintiennent des inégalités.

 

Source : Site PS

 

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Mercredi 25 août 2010 3 25 /08 /Août /2010 15:57

Couple, famille, travail... À quelles conditions le tandem homme-femme pourra rouler à l’avenir de manière plus équilibrée ? La sociologue Irène Théry nous livre le fruit de sa réflexion. Extrait du magazine La Vie.

Féministe depuis 1968, mais pas doctrinaire. Voilà comment se revendique Irène Théry, sociologue du droit, de la famille et de la vie privée, auteure d’un ouvrage remarqué, le Démariage, et plus récemment De la Distinction de sexe (parus chez Odile Jacob). Rétive aux catégorisations simplistes, entre hommes machos et femmes victimes, elle préfère regarder comment se jouent et se nouent les relations entre les deux sexes, depuis que nous sommes sortis de la société hiérarchique.

 

Son credo : l’égalité hommes-femmes ne se réduira pas à une politique réussie de quotas équilibrant les places et les rôles entre les deux sexes. Cela passera aussi par une refonte globale de notre système de relations sociales. Pour elle, nous ne sommes qu’aux prémices de cette révolution. Couple, famille, parentalités, filiation, elle nous donne ici sa vision des reconfigurations possibles de notre société. Ses prises de position peuvent déconcerter, reste que ses analyses et ses arguments apportent une certaine sérénité à des débats qui en manquent souvent singulièrement.

 

Un rapport préconise 40 % de femmes à la tête des entreprises françaises d’ici à six ans. Après la loi sur la parité, la marche vers l’égalité avec les hommes est-elle en bonne voie ?

 

Irène Théry : Parmi les questions qui suscitent le plus d’espoir, il y a légitimement celle d’imaginer des sociétés construites sur cette valeur d’égalité de sexe. Mais il faut bien voir que cette idée, portée aujourd’hui comme la valeur cardinale de nos démocraties, est très nouvelle. Elle date des années 1970. Auparavant, en France, et même si la Révolution avait proclamé l’égalité des individus, notre société admettait une hiérarchie des sexes dans la vie publique ou familiale. Le vote des femmes ne date que de 1945 et l’abandon de l’autorité maritale et paternelle de 1970. En fait, nous ne savons pas ce qu’est une société fondée sur le principe d’égalité des sexes. En tout cas, il me semble bien naïf de penser que parce qu’on ne fera plus de différence entre un homme et une femme ou qu’on aura mis 50 % de femmes dans une assemblée, on sera dans l’égalité. La parité ne peut être présentée comme un idéal d’égalité. Pour moi, elle enferme les femmes dans une moitié d’humanité, les poussant à « challenger » entre elles.

 

Mais c’est bien par là qu’il faut en passer tout de même ?

 

La parité - ou les quotas - est un mal nécessaire qui doit être temporaire. Sur le fond, je pense qu’avec ces mesures d’autocontrainte on se donne l’apparence d’avoir résolu le problème. Car on ne touche pas aux causes de cet état de fait : les difficultés de la conciliation vie familiale-vie professionnelle, toutes choses qui expliquent pourquoi les femmes sont absentes de ces lieux. Si nous voulons vraiment avancer du côté de l’égalité des sexes, il faudra bien cesser de considérer ces difficultés comme d’ordre privé. Puisque nous ne voulons plus du partage entre un monde masculin et un monde féminin, mais un monde mixte, où l’on a à la fois le bonheur de la vie privée et la gloire de la réussite - professionnelle, sociale, ou politique -, l’avenir passe par la socialisation des rapports aux enfants, aux malades, aux personnes âgées... Je ne trouve pas choquant d’exiger des entreprises qu’elles s’en préoccupent. La question des crèches, de l’organisation du travail le soir (dans l’Europe du Nord, les cadres arrêtent bien à 18 heures), de la grossesse doivent sortir du domaine privé.

 

La route risque d’être encore longue ?

 

Cela évolue, dans les entreprises, notamment, qui ont compris que développer des programmes d’égalité des sexes est bon pour leur image. Et que favoriser les carrières des femmes n’est pas contraire à leurs intérêts. Mais c’est vrai, cela évolue mieux dans les grands groupes que dans les petites entreprises ; dans les bureaux mieux que dans les supermarchés, et dans le tertiaire mieux que dans l’agroalimentaire. Cela dit, on ne peut plus se contenter du discours stéréotypé prévalant depuis 35 ans, qui porte une vision de l’égalité comme une montée vers le paradis à 50-50. Non, l’égalité, c’est le refus d’une société organisée sur un mode hiérarchique où la femme est englobée par l’homme. Nous en sommes sortis, mais désormais il nous faut affronter la grandeur et la misère de l’égalité. Comme l’a dit le philosophe Cornelius Castoriadis : « L’égalité n’est pas une réponse, c’est une nouvelle manière de poser les questions. »

 

Quelles questions se posent déjà, qui préfigurent notre avenir ?

 

Quand on est entré dans la démocratie, il y a deux siècles, on n’avait plus les problèmes de la société monarchique, mais on a commencé à découvrir ceux de la démocratie. Aujourd’hui, on doit se frotter à ceux générés par l’égalité des sexes, et regarder comment l’émancipation des femmes redéfinit la filiation, la parenté, les normes sexuelles et bien évidemment le couple. Autrefois c’était 1 + 1 = 1. L’homme représentait lui-même et son couple. On disait, par exemple, Mme Jacques Gauthier. Désormais, c’est 1 + 1 = 2. Ce qui devient central, ce sont deux personnes ayant chacune leur voix, leur opinion, leur point de vue, leurs valeurs. On est dans le duo, comme en musique ou en danse, où les deux partenaires doivent pouvoir jouer leur partition. Au point que, lorsque le duo ne fonctionne plus, on a le sentiment que le couple se vide de sa substance.

 

Le divorce va-t-il devenir la règle générale ?

 

Les générations à venir vont devoir se confronter à un nouvel enjeu : comment faire durer un couple, devenu plus contractuel, où l’on ne reste pas ensemble quoi qu’il arrive. Mais on ne peut se contenter de dire que le divorce sera banalisé. Car toutes les études le montrent, le rêve d’une vie en commun partagée, d’un amour qui dure toujours reste extrêmement fort. On n’est pas du tout passé à l’idée que la vie est une polygamie terrienne. Or, si on veut imaginer l’avenir, il faut partir des valeurs des gens. Et il ne me semble pas que, du point de vue affectif, on revendique le CDD (contrat à durée déterminée) ! Personne ne souhaite vieillir seul, on va encore chercher à avoir des relations à long terme.

 

Quelles solutions peuvent trouver ces nouvelles questions ?

 

Une de celles qui se dessine consiste à faire la distinction entre le couple au sens de la relation affective et sexuelle (mon copain, ma copine) et le couple au sens de « la vie commune partagée », avec projet de vie et d’enfant. C’est un phénomène nouveau : les gens font désormais bien la différence entre ces deux types de relation, qui sont d’ailleurs socialement acceptés. De 17 à 30 ans et plus, la société a admis une période où les jeunes adultes vivent des relations qui ne sont pas de l’ordre de la vie commune. Et les familles l’ont compris. Elles savent bien qu’elles ne doivent pas « familialiser » outre mesure les relations des petits amis de leurs enfants, pour permettre qu’une séparation soit possible sans être un drame. En organisant une vie dans laquelle des relations qui ne sont pas de conjugalité sont admises et possibles pendant longtemps, notre société apporte une réponse partielle à la question du risque de divorce. Il y en aura encore, mais peut-être un et pas deux au cours d’une vie.

 

À quelles recompositions familiales peut-on s’attendre ?

 

Difficile de faire des pronostics. Nous sommes dans une société qui expérimente et élabore ses normes. Mais il y en a une déjà en marche : l’accession à la parentalité des homosexuels. Plus on s’éloigne d’une conception naturaliste du partage des rôles féminin et masculin au profit d’une approche culturelle, plus on pense que deux hommes ou deux femmes peuvent très bien faire un couple. Aujourd’hui, la conception de l’homosexualité a changé. Ce n’est plus une pathologie ni une sexualité inférieure, et ceux qui aiment des personnes du même sexe veulent vivre ouvertement avec elles, les aimer, avoir une place familiale et éventuellement ne pas renoncer à avoir des enfants.

 

Comment allons-nous appréhender ce que l’on peut qualifier de rupture anthropologique ?

 

Il y a trop d’écart entre ce que nous sommes en train de vivre et la façon dont on en parle. Nous sommes déjà dans une société qui accepte qu’il y ait plus d’un homme et d’une femme dans la conception d’un enfant, que ce soit avec l’adoption ou les procréations médicalement assistées (PMA). Mais nous continuons malgré tout de vouloir ramener la parentalité à un père et à une mère, pas un de plus, pas un de moins. On efface les donneurs (les enfants n’ont pas le droit de savoir qui est leur géniteur). On a fait la même chose auparavant avec l’adoption en taisant ses origines à l’enfant. Les questions sur l’engendrement, la filiation... l’homoparentalité nous oblige à les affronter. C’est un paradoxe. Mais notre société, qui organise plusieurs sortes de parentalités : plus de deux dans l’engendrement (avec les inséminations artificielles) ou dans l’histoire biographique (avec l’adoption), plus de deux dans l’éducation au quotidien (avec les recompositions familiales), sans admettre autre chose qu’un seul père et une seule mère, est dans le déni du réel. Le jour où l’on assumera cette réalité, on pourra débattre plus sereinement de l’homoparentalité.

 

Avec l’égalité des sexes, l’individu prend beaucoup d’importance. Comment éviter le piège d’une société qui revendique toujours plus de droits particuliers ?

 

Si on veut penser l’avenir, il faut aborder les nouvelles questions posées à nos sociétés, sans renoncer à nous interroger sur ce qui nous maintient ensemble. De fait, l’égalité des sexes s’accompagne d’un approfondissement de l’individualisme, au sens positif du mot, c’est-à-dire où l’individu incarne l’humanité tout entière. Rien à voir avec une certaine idéologie individualiste qui nierait notre dimension relationnelle sociale. Une société comme une collection d’individus, ça ne va pas. Il nous faut réinventer une anthropologie de l’égalité qui entrelace le féminin et le masculin, pour faire société ensemble.

 

 

Source : Observatoire des inégalités

 

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Lundi 26 juillet 2010 1 26 /07 /Juil /2010 10:39

DISCRIMINATIONS | Après seize années à la tête du Bureau fédéral de l’égalité entre femmes et hommes, Patricia Schulz rebondit aux Nations Unies. Une consécration.

 

Se faire siffler dans la rue au pied du Bureau fédéral de l’égalité. Un comble! Quand on lui raconte l’anecdote, Patricia Schulz sourit. Jaune. «Parfois, quand c’est fait avec un beau sourire, un autre message passe que celui de femme objet. Mais imaginez la tête d’un homme se faisant siffler à cause de ses belles fesses!» La drague de rue ne fait évidemment pas partie des préoccupations de la directrice du Bureau fédéral de l’égalité entre femmes et hommes (BFEG). Cette femme énergique, coupe à la garçonne et lunettes design, a bien d’autres dossiers à boucler avant de quitter Berne, après seize ans, pour retourner au bout du lac.

 

La Genevoise vient d’être élue au Comité de l’ONU sur l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes. Une première pour la Suisse. Avec ce groupe de 23 expert(e)s, Patricia Schulz examinera les rapports rendus par 186 Etats sur les discriminations fondées sur le sexe.

Attaques de l’UDC

 

Madame Egalité arrive à son poste en 1994. La loi sur l’égalité n’est pas encore en vigueur et l’assurance maternité n’est qu’au stade de projet. «Je sais qu’il faut du temps pour changer les mentalités», répète la sexagénaire.

A quoi servent les bureaux de l’égalité? A pas grand-chose, martèle l’UDC. Patricia Schulz, elle, défend leur travail. Parmi les succès du BFEG: la création du Service de lutte contre la violence qui a permis d’améliorer la prévention. Autre motif de satisfaction: ce qui se passe dans la sphère privée peut désormais être une question publique. «En 1985, le Conseil fédéral déclarait qu’il n’était pas envisageable de poursuivre le viol entre époux, même sur plainte.

Aujourd’hui, le Code pénal et le Code civil ont été modifiés: la violence domestique est poursuivie d’office et son auteur peut être expulsé du domicile commun.» Les outils du BFEG: le travail en réseau et des instruments pratiques, comme le Logib, logiciel gratuit permettant aux entreprises de contrôler leur politique salariale en matière d’égalité.

 

La vie professionnelle et la famille font aussi partie des priorités du Bureau. «Si le monde du travail était organisé différemment, femmes et hommes pourraient se réaliser davantage dans les deux sphères, grâce, notamment, à une meilleure répartition des tâches domestiques.» Sans enfants, Madame Egalité sait-elle de quoi elle parle? «Cela ne signifie pas qu’on n’a pas de problème pour concilier vie privée et vie professionnelle», coupe-t-elle.

Pas le droit de vote

 

Cette avocate de formation s’agace lorsqu’on évoque les vieux clichés collés au féminisme: «Mon soutien-gorge, je ne l’ai jamais brûlé, j’en ai toujours porté pour sortir!» Ancienne membre du MLF (Mouvement de libération de la femme), Patricia Schulz est tombée jeune dans la marmite de la contestation. Le sort des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale révolte l’adolescente. Puis, celui des femmes. «Quand j’ai eu 20 ans, je n’ai pas eu le droit de vote. Mon frère si. Une bonne raison pour s’engager.»

 

Patricia Schulz rappelle qu’il reste beaucoup à faire pour que les femmes soient aussi bien payées que les hommes (écart salarial de 20% en moyenne) et qu’elles accèdent davantage aux postes de cadres. A quand un directeur du Bureau fédéral de l’égalité? «Pourquoi pas. Mais ce n’est pas l’indicateur numéro 1 d’une avancée de l’égalité. Il faudrait déjà que les comités directeurs des offices fédéraux soient composés de 30 à 40% de femmes cadres supérieurs. On en est loin aujourd’hui.»

 

Source : Tribune de Genève

 

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Mercredi 21 juillet 2010 3 21 /07 /Juil /2010 08:53

Eric Woerth, le ministre du Travail, a visité ce matin le siège de Sodexo, une entreprise parmi les plus exemplaires en matière d’égalité hommes/femmes. Même si la question a été éclipsée par les affaires en cours, le ministre a écouté le diagnostic. Mais ne propose pas encore de solution.

 

« Il faudrait que les femmes s’excusent d’avoir de l’ambition ? Je n’ai jamais favorisé l’embauche de ma femme. Elle pilote sa carrière seule. » Vrai ou faux ?  L’enquête le dira. En tout cas, le ministre du Travail, interrogé par les journalistes sur les affaires en cours bien plus que sur les inégalités professionnelles a saisi la balle au bond.
Certes, pour tenter d’élucider le conflit d’intérêts du couple Woerth, c’est son épouse qui a consenti un sacrifice professionnel. Mais le ministre veut afficher sa volonté de lutter contre les inégalités professionnelles qui ont pour conséquence de graves injustices au niveau des retraites.

Elles s'excusent !

Les salariées de Sodexo, directrice des ressources humaines en tête, lui ont expliqué une des causes du blocage : les femmes ne demandent pas les promotions et les augmentations... ou avec moins de conviction que les hommes. Un des freins est la perception que nous avons tous de l’ambition professionnelle. Pour un homme, elle est considérée comme légitime. Pour une femme, elle est suspecte. Pour un homme, la réussite, c’est la réussite professionnelle tout court. Pour une femme c’est la réussite familiale avant la réussite professionnelle. Les femmes ont intériorisé ce schéma et se montrent bien moins revendicatrices que les hommes. Elles s’excusent d’avoir de l’ambition, comme dit le ministre. Et en général, reconnaît-il, les dirigeants en profitent bien.
Dans l’entreprise visitée par le ministre, ce sujet est pris très au sérieux : les femmes qui témoignent devant Eric Woerth affirment avoir été poussées à se former. L’une d’entre elles, embauchée comme employée de service il y a 15 ans, est aujourd’hui responsable de site. La direction des ressources humaines refuse d’examiner les promotions proposées par les managers si ces derniers n’inscrivent pas un nombre significatif de femmes parmi les candidats. Résultat : il reste encore des écarts de salaires et une sur représentation des hommes dans les postes de direction, mais elle est bien inférieure à la moyenne nationale. Les écarts de salaire sont encore de 5 % contre près de 20 % dans les autres entreprises.

Conciliation !

Deuxième cause d’inégalités : les difficultés pour concilier vie familiale et vie professionnelle. Le ministre parle crèche d’entreprise, les salariées répondent horaires de travail. Toutes expliquent que l’adaptation des horaires à la vie de famille est la clé de la résorption des inégalités. Pour l’employeur, la crèche d’entreprise est un système compliqué à mettre en place et pas forcément satisfaisant pour les parents et les bébés. Sodexo préfère opter pour les aides à la garde d’enfants via le CESU.

Globalement, le ministre n’a pas avancé beaucoup de solutions pour réduire les inégalités professionnelles. Il évoque, sans trop y croire, l’idée de sanctionner financièrement les entreprises qui ne réalisent pas de rapport de situation comparée entre hommes et femmes.

Eric Woerth a écouté, comme ses prédécesseurs l'avaient fait, mais la loi sur l’égalité professionnelle promise dès l’élection de Nicolas Sarkozy se fait encore attendre.

 

Source : Entreprendre

 

 

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Jeudi 15 juillet 2010 4 15 /07 /Juil /2010 17:02

Certains métiers se sont féminisés, mais pas leurs directions. Cette inégalité trahit une conception du management préjudiciable aux organisations et à la société.

Dans le monde de l'entreprise, de l'administration et des médias, on parle beaucoup du rôle des femmes, qui y sont très nombreuses, mais sans examiner le plafond de verre auxquelles se heurtent celles qui, au vu de leurs compétences, peuvent être appelées aux hauts niveaux de responsabilité.

De trop médiocres avancées, voire quelques régressions

En quarante ans, il s'est passé peu de choses en ce sens. Les femmes sorties des grandes écoles, représentées par Grandes Ecoles au féminin (GEF) depuis 2002, ont le sentiment que la situation stagne ou, pis, qu'elle régresse. C'est le second paradoxe : avec la féminisation d'importants secteurs d'activité (par exemple, les métiers de la santé, du droit, des médias...), on aurait pu s'attendre à trouver davantage de femmes à des postes de responsabilité. Il n'en est rien. Combien de femmes dirigent de grands services à l'hôpital ? La profession d'avocat s'est massivement féminisée, peut-être trop - aux dépens de la diversité nécessaire -, mais combien de femmes sont associées dans de grands cabinets ? Dans les médias, il y a beaucoup de femmes présentatrices, mais combien dirigent des chaînes de télévision privées, des stations de radio, des journaux ?

Outre que cette anomalie met en évidence l'inégalité, elle trahit une conception du management préjudiciable aux organisations et à la société. Incidemment, précisons que GEF utilise le prestige des grandes écoles dans le système français pour améliorer la situation des femmes en général, qu'elles soient ou non issues des grandes écoles. Le management doit évoluer. Il lui faut refléter la diversité des clients et des marchés. De plus, à l'heure où l'innovation est une nécessité, quelles performances attendre de systèmes hypercloisonnés dont les cadres ont tous fait les mêmes écoles, ont tous les mêmes représentations, les mêmes réflexes ?

Des quotas, faute de progrès spontanés

Il ne suffit pas d'être diplômé d'une grande école pour, une fois en activité, postuler avec succès et à compétences égales à un haut niveau de responsabilité. Le phénomène de la cooptation via tel ou tel réseau est extrêmement puissant en France. C'est ce critère qui tend à départager les candidats. Sauf exception, il ne faut pas imputer aux dirigeants quelque machisme volontaire ou discrimination intentionnelle. Reste que, de facto, les critères d'évaluation consacrent trop souvent un type de leadership : l'homme charismatique, l'homme qui sait tout, l'homme qui règle tout, etc.

GEF en a eu une illustration à l'occasion du témoignage d'une responsable de la recherche de Total, en présence de Christophe de Margerie, le président du groupe pétrolier. En arrivant dans ses nouvelles fonctions, elle s'était étonnée du fait que les femmes de ses équipes étaient créditées de notes en moyenne plus basses que celles des hommes. Après enquête, elle en a tiré deux enseignements. Primo, qu'il n'y avait pas de volonté, ni implicite ni déclarée, d'écarter les femmes. Mais, secundo, que les critères d'évaluation dénotaient une vision plutôt guerrière et solitaire du management. Cette vision-là, les dirigeants qui savent que la mixité et la diversité sont un enjeu majeur de compétitivité pour l'entreprise ne la partagent pas. L'avenir de l'organisation dépend de la transversalité, du travail d'équipe, de la diversité.

L'expérience de ces dernières années montre que, en dépit des beaux discours, il n'y a pas eu les avancées espérées. Alors qu'à la création de l'association GEF nous étions hostiles au principe des quotas, nous avons choisi de nous y rallier. Le projet de loi Copé-Zimmermann va dans ce sens. En introduisant l'obligation d'une représentation féminine au sein des conseils d'administration, le législateur s'efforce d'amorcer le mouvement, d'infléchir les comportements. Demain, les hommes pourraient bien être les premiers choqués par l'absence de femmes dans ces conseils ! Parce que le plus important est d'être attentif aux compétences dont l'organisation a besoin. Avant de déplorer qu'il y ait trop peu de femmes au conseil d'administration, il faut en effet soulever la question des compétences, notamment en vision stratégique, en prospective, en relations sociales. A l'exemple de la démarche de PPR, manifestement réfléchie, dont le conseil d'administration vient d'accueillir trois femmes. Chacune a un parcours différent. C'est cette diversité qui crée la valeur ajoutée.

 

Source : lexpansion.com

 

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